Injustement perçu comme une filière de relégation, l’enseignement qualifiant est aujourd’hui au cœur d’une transformation profonde. Nous voulons en faire un choix positif, exigeant et porteur d’avenir, capable de répondre à la fois aux aspirations des jeunes et aux besoins de la société.

À l’occasion du “mois du qualifiant”, cette ambition prend une résonance particulière. Car derrière les constats bien connus se cache une réalité plus complexe : celle d’un système dans lequel la Fédération Wallonie-Bruxelles investit massivement, mais dont les résultats en termes d’insertion professionnelle ne sont pas encore à la hauteur.

Des investissements élevés, des résultats insuffisants

Chaque année, 1 milliard d’euros est consacré à l’enseignement qualifiant en Fédération Wallonie-Bruxelles. Pourtant :

  • seuls 63% des élèves trouvent un emploi à Bruxelles (75% en Wallonie, contre 89% en Flandre)
  • plus de 12% des jeunes restent sans emploi, sans formation ni études
  • 80% du décrochage scolaire concerne le qualifiant

Ces chiffres traduisent un décalage persistant entre la formation et les réalités du terrain. Dans le même temps, de nombreux secteurs, en particulier techniques et technologiques, font face à des pénuries massives de main-d’œuvre. Selon Embuild, le secteur de la construction, par exemple, devra recruter 30 000 personnes d’ici 2030 pour réussir la transition énergétique, alors que des milliers de postes restent déjà vacants aujourd’hui.

Ce paradoxe appelle une réponse structurelle.

Revaloriser le qualifiant en changeant de regard

Le qualifiant n’est pas une voie de relégation, mais une voie d’excellence. Une voie qui valorise ce que certains appellent “l’intelligence de la main”. Contrairement à certaines idées reçues, il ne s’agit pas d’opposer formation générale et formation professionnelle. L’ambition est au contraire de les conjuguer : garantir un socle solide de connaissances de base pour nos jeunes tout en développant des compétences concrètes et en lien avec leur orientation professionnelle.

C’est d’ailleurs pourquoi le CESS obtenu à la fin d’études qualifiantes ou professionnelles peut aussi mener à l’enseignement supérieur.

Mieux orienter pour un choix positif

Trop souvent, les élèves découvrent les métiers tardivement, parfois après un parcours déjà marqué par l’échec. La réforme vise à inverser cette logique avec une véritable “éducation au choix” :

  • dès la 1ère secondaire, des activités de découverte des métiers ;
  • en 2ème secondaire, des stages courts, visites d’entreprises, … ;
  • en 3ème secondaire, le retour d’options permettant de tester différents domaines, avec la possibilité de combiner 4 heures d’électricité avec 4 heures de sciences, par exemple, pour ouvrir le champ des possibles.

L’objectif est de permettre à chaque jeune de construire un projet choisi, et non subi.

Rapprocher l’école et l’entreprise

Aujourd’hui encore, ces deux univers se connaissent mal. Le projet pilote École–Entreprise, lancé avec le Ministre Jeholet dans 15 établissements des régions de Liège et de Wallonie Picarde, s’inscrit pleinement dans cette dynamique. Il vise à ancrer les formations dans leur environnement économique local et à rendre les parcours plus concrets et plus lisibles pour les élèves. Ce projet pilote s’articule aussi autour d’acteurs institutionnels comme AKT ou le Forem, ce qui favorise à terme l’insertion socio professionnelle des jeunes diplômés.

L’alternance comme modèle

L’ambition est de généraliser progressivement ce modèle, qui combine formation à l’école et expérience en entreprise. Cela implique une collaboration étroite avec les secteurs professionnels et de responsabiliser les entreprises pour des stages de qualité, réellement formateurs.

Certains secteurs sont déjà prêts à s’engager fortement. La construction, notamment, joue un rôle pionnier et se dit prête à augmenter significativement le nombre de stages, tout en veillant à leur qualité et à leur pertinence.

Former des citoyens avant tout

Cette transformation ne se résume pas à une adaptation au marché du travail. L’ambition est plus large : former des citoyens capables de comprendre le monde, de s’y insérer et d’apporter leur contribution. Mais aussi des professionnels qualifiés, fiers de leur métier, et capables d’évoluer dans des secteurs en perpétuelle mutation.

Car les métiers techniques ne sont plus ceux d’hier. Ils intègrent de plus en plus de technologies, d’innovation et de compétences nouvelles. Ils offrent aussi, souvent, des conditions d’emploi attractives et des perspectives d’évolution.

Le qualifiant est déjà un choix pour de nombreux jeunes. L’ambition aujourd’hui est d’en faire un choix pleinement reconnu, valorisé et encouragé. En rapprochant l’école du terrain, en développant l’alternance et en modernisant les formations ; main dans la main avec la Région wallonne et la Région bruxelloise, avec Pierre-Yves Jeholet, Adrien Dolimont et Boris Dilliès ; nous voulons permettre à chaque jeune de trouver sa voie, de développer ses talents et son projet pour s’insérer durablement dans la société.

Retrouvez l’interview croisée de Valérie Glatigny et Hugues Kempeneers (Embuild) dans l’Echo