Samedi dernier, la commissaire de gouvernement s’est exprimée pour la première fois dans le journal « Le Soir ». Le contenu de cette interview inquiète à plus d’un titre, tant en matière de communautarisme qu’en matière de neutralité de l’Etat.

Pour rappel, le MR avait déjà dénoncé sa nomination en tant que commissaire du gouvernement auprès de l’Institut pour l’égalité entre les femmes. Un commissaire de gouvernement a une fonction d’autorité, représente l’État et prend des décisions qui doivent être neutres, sans influence d’un quelconque signe convictionnel ostentatoire religieux, politique ou philosophique, aussi bien dans ses actes que dans son apparence.

La secrétaire d’État Ecolo Sarah Schlitz a procédé à cette nomination sans en informer ses partenaires de majorité. Le MR ne l’a pas accepté et nous l’avons fait savoir en Conseil des Ministres. Cependant, comme l’arrêté royal de désignation avait déjà été adopté par la secrétaire d’Etat sans concertation avec le gouvernement, nous aurions eu besoin d’une unanimité pour faire adopter un nouvel arrêté royal désigné une autre personne. Nous n’avions malheureusement pas cette unanimité.

La semaine dernière, Corentin De Salle, directeur scientifique du Centre Jean Gol et administrateur à l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes, a demandé à Ihsane Haouach de s’abstenir à l’avenir de porter le voile au Conseil d’Administration, précisant que si elle ne désirait pas s’en abstenir – ce qui est son droit – elle devrait alors s’abstenir de siéger au CA.

Suite à cet incident, Ihsane Haouach s’est donc exprimée dans la presse, et ce qu’elle dit pose question. Elle considère d’abord que le débat sur la neutralité est raciste et sexiste. Au-delà de la manœuvre visant à discréditer ceux qui ne pensent pas comme elle, il y a deux erreurs graves de raisonnement, ce qui sème le doute sur sa légitimité à ce poste et ses connaissances pour pouvoir en assumer l’ensemble des aspects. Elle semble ainsi ignorer que le combat pour la neutralité et la sécularisation de la société a débuté il y a plusieurs siècles à l’égard du catholicisme. Cela n’a donc rien à voir avec le voile mais bien avec tous les signes convictionnels qu’ils soient religieux, philosophiques et politiques. Ensuite, c’est ahurissant de résumer le débat sur les signes convictionnels au seul voile, un signe convictionnel qu’une religion réserve aux femmes. Le simple fait que ce signe convictionnel soit réservé aux femmes peut certainement être analysé comme sexiste mais pas le fait de le viser au même titre qu’une croix, une kippa ou un t-shirt d’un parti politique.

Autre propos problématique tenu par Ihsane Haouach : elle semble considérer que la séparation entre l’Eglise et l’Etat devrait être déclinée en fonction de l’évolution démographique de notre pays. Cette réponse est grave et dérangeante car, même si ce n’était certainement pas l’intention d’Ihsane Haouach, elle alimente une des pires thèses de l’extrême droite, que nous rejetons totalement, celle du « Grand Remplacement ». Selon la thèse d’Ihsane Haouach, le rapport culturel femmes-hommes pourrait donc être appréhendé de façon différente, en tenant compte de l’évolution démographique. C’est à l’opposé de la notion universaliste des droits de l’homme et de la vision du MR. C’est aussi un argument communautariste qui sous-entend que toutes les personnes ayant des origines ou des caractéristiques communes penseraient de la même manière.

En conséquence, la commissaire du gouvernement prouve que son diplôme de Solvay ne lui a pas permis d’acquérir les compétences philosophiques et historiques qui paraissent indispensables dans un institut défendant l’égalité entre les femmes et les hommes. La question de sa capacité et de ses compétences à gérer ce mandat se pose donc clairement aux yeux du MR. Nous avons donc proposé d’auditionner Ihsane Haouach à la Chambre en compagnie de sa ministre de tutelle (puisque les commissaires du gouvernement répondent devant le gouvernement et non le parlement) mais cette demande a été refusée. Nous interpellerons donc la Secrétaire d’Etat à l’Egalité des genres Sarah Schlitz en séance plénière ce jeudi. Le MR souhaite également revenir sur les propos d’Ihsane Haouach lors du prochain conseil d’administration de l’Institut, ce mercredi.

Pourquoi le principe de neutralité – aujourd’hui sérieusement menacé – est-il si important à nos yeux ? Parce que, comme l’explique Corentin De Salle dans une carte blanche publiée dans La Libre, c’est l’un des principes essentiels de notre démocratie libérale. Il permet d’ériger un mur de glace entre l’Etat et la religion. Il permet de garantir la coexistence pacifique de personnes aux origines et convictions philosophiques, politiques et religieuses d’une extraordinaire diversité. Il assure également l’égalité des chances car toute personne, peu importe ses origines, convictions et croyances, peut entrer et progresser dans l’administration sur base de ses seuls mérites. Il permet aussi d’assurer la crédibilité de l’Etat et l’adhésion des citoyens par rapport à son action et ses décisions.

Trouveriez-vous normal que, durant un match de foot, un arbitre porte le maillot de l’une des deux équipes ? Pensez-vous que les joueurs et les supporters de l’autre équipe seraient convaincus de l’impartialité de l’arbitrage ? Aujourd’hui, pour certains théoriciens de gauche, le principe de neutralité est pourtant désigné comme un principe discriminatoire. Dès lors, ceux qui n’acceptent pas, le temps de leur travail, de ranger leurs signes convictionnels au vestiaire sont considérés comme des victimes. Et l’action des mouvements religieux pour leur permettre d’afficher ces signes convictionnels au travail est présenté comme la conquête de nouvelles libertés. Ce n’est donc plus le fait de violer le principe de neutralité qui apparaît comme une provocation mais le fait même de le défendre.

En qualifiant cette défense de la neutralité comme un combat raciste ou sexiste, ces féministes en viennent donc à considérer les femmes comme des êtres faibles et vulnérables envers qui toute critique est qualifiée “d’agression” ou de “stigmatisation”. Pour un libéral, les femmes comme les hommes sont des individus libres et responsables qui doivent assumer leurs choix et rendre compte de leurs actes. Considérer qu’une femme est victime simplement parce qu’un homme désapprouve son action est, en réalité, profondément sexiste. Tout comme le fait de considérer le principe de neutralité comme une arme dirigée contre les musulmans (alors qu’elle est un outil de coexistence de toutes les préférences et appartenances d’une société diversifiée) trahit une mécompréhension profonde. De toute façon, conclut Corentin De Salle, cette victimisation est avant tout une stratégie permettant à ceux qui l’utilisent d’étouffer le débat en le dépolitisant, en le vidant de sa signification politique. En effet, parler d’agression et d’humiliation permet d’éviter de débattre politiquement sur le vrai sujet : la montée du communautarisme en général et la violation du principe de neutralité en particulier.

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