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International: Appel à un soutien accru au Kurdistan irakien contre Daech

Les Kurdes d’Irak méritent notre soutien militaire, humanitaire et politique

« Les Kurdes d’Irak méritent notre soutien militaire, humanitaire et politique. La communauté internationale ne peut pas et ne doit pas rester sourde aux appels à l’aide des Kurdes. » C’est une des conclusions des sénateurs Alain DESTEXHE (MR), Sonja CLAES (CD&V) et Pol VAN DEN DRIESSCHE (N-VA) après leur visite de quatre jours au Kurdistan irakien.

Les trois sénateurs étaient depuis samedi jusque hier – mardi après-midi – au Kurdistan irakien, invités par le Gouvernement régional kurde (KRG). Ils ont rencontré le Président Massoud Barzani, différents ministres et parlementaires ainsi que des leaders religieux. Ils ont aussi visité des camps de réfugiés et de déplacés et passé quelques heures avec les peshmergas sur la ligne de front, à quelques kilomètres à peine de Mossoul, en traversant des villages, dévastés, pris par Daech l’année dernière et reconquis par les peshmergas, appuyés par des airstrikes.

Sur une ligne de front de 1050 km, le Kurdistan irakien assure la protection d’environ 1,5 millions de déplacés irakiens. Plus de 300 000 réfugiés syriens sont également présents. Ils vivent soit dans des camps, soit disséminés parmi les 5,3 millions de Kurdes. C’est toute la société kurde qui en est impactée aux niveaux budgétaire, économique, humanitaire et social.

Le Kurdistan ne peut accueillir un tel nombre de déplacés

Tous nos interlocuteurs ont souligné qu’un tel nombre de personnes déplacées ne peut pas rester durablement au Kurdistan. Tout doit être entrepris pour que ces centaines de milliers de personnes puissent à nouveau vivre en paix chez eux, dans leurs villes et villages.

Le problème des réfugiés en Europe comme des déplacés au Kurdistan ne peut être résolu sans une solution militaire et politique aux conflits en Irak et en Syrie. Il est plus utile et plus économique d’aider les déplacés dans la Région de différentes manières. De cette façon, un grand nombre de réfugiés ne prendra pas le chemin de l’Europe. Or, les demandes des Nations-Unies pour le Kurdistan irakien ne sont rencontrées qu’à hauteur de 40% des besoins financiers identifiés. Par ailleurs, nous avons personnellement constaté que des réfugiés syriens bénéficiant au Kurdistan d’une protection et d’une assistance, voire d’un travail se rendaient quand même en Europe.

Les peshmergas jouent et joueront un rôle très important pour défaire l’Etat islamique. L’efficacité des frappes aériennes nous a été confirmée par différentes sources. Ce n’est cependant pas suffisant pour récupérer le territoire occupé par l’EI. Comme il est exclu de déployer des troupes européennes ou occidentales, il est très important que les peshmergas soient correctement entraînés et équipés, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Un équipement approprié pour faire face à l’EI

Ils sont confrontés à des troupes souvent mieux armées qu’eux grâce au matériel pris à ou laissé par l’armée irakienne. Il s’agit souvent d’armements américains sophistiqués. Les peshmergas doivent recevoir un équipement approprié. Ainsi, ils pourront faire face aux attaques suicides de l’EI et participer efficacement à de futures offensives.

Le Président Barzani et les ministres kurdes ont souligné les réticences et les retards de Bagdad dans la livraison des armes à destination du Kurdistan. Ils demandent donc que ces armes puissent leur être livrées directement sans passer par Bagdad.

S elon eux, 1 300 peshmergas sont  morts au combat et plus de 7 000 ont été blessés. Ils souhaitent également que quelques blessés graves puissent être accueillis dans des hôpitaux spécialisés en Europe. L’Allemagne le fait déjà .

Tous les leaders kurdes nous ont dit que le fédéralisme irakien tel qu’approuvé en 2003 ne fonctionnait pas et était un échec total. Le gouvernement kurde ne reçoit pas du gouvernement central de Bagdad la part des revenus qui lui revient. Leur objectif est clairement d’évoluer vers une confédération irakienne ou l’indépendance.

Les sénateurs feront part de leurs constats

Les sénateurs Claes, Destexhe et Van den Driessche prendront contact à leur retour avec les ministres concernés du gouvernement fédéral belge afin de leur faire part de leurs constats sur le terrain, et des revendications des Kurdes, la Belgique ne bénéficiant pas sur place d’un consulat. Conjointement avec trois parlementaires européens qui étaient sur place, ils informeront également les autorités européennes de certaines revendications des Kurdes. Ils demandent que celles-ci soient examinées avec bienveillance. En particulier celles qui concernent l’aide humanitaire et le soutien aux peshmergas.

Ils demandent que l’Irak ratifie rapidement le Statut de Rome sur la Cour pénale internationale. Le but est de pouvoir juger les crimes contre l’humanité commis, entre autres, contre les chrétiens et les yézidis qui doivent faire l’objet d’une attention particulière. En effet, leur nombre a déjà beaucoup diminué en Irak. C’est leur survie en tant que communauté qui est en jeu. Sans retour dans leurs villages, c’est leur existence même et un patrimoine culturel unique, millénaire, qui sont menacés.

Enfin, ils appellent à multiplier les contacts entre la Belgique et le Kurdistan irakien. Malgré d’énormes difficultés, la Région du Kurdistan reste un modèle de cohabitation entre musulmans et un grand nombre de confessions chrétiennes, yézidis et d’autres minorités ainsi qu’un acteur-clé dans la solution au conflit irakien.