La Commission européenne a présenté aujourd’hui sa première Stratégie européenne pour l’élevage, un document attendu qui reconnaît enfin le rôle essentiel des éleveurs dans la souveraineté alimentaire, la vitalité des territoires ruraux et la résilience de l’Union européenne.

« Après plusieurs années durant lesquelles les politiques européennes se sont principalement concentrées sur les contraintes environnementales pesant sur l’élevage, cette stratégie marque une évolution importante. Elle affirme que l’élevage constitue un secteur stratégique pour l’Europe et qu’il doit être accompagné dans sa transition plutôt qu’affaibli. Le constat est clair : il n’est plus question de réduire l’élevage européen, mais de le rendre plus résilient, plus compétitif et plus durable. » s’est félicité Benoît Cassart, député européen

Des mesures concrètes attendues par les éleveurs

La stratégie prévoit plusieurs avancées importantes : des nouveaux outils financiers pour soutenir les investissements des exploitations ; des dispositifs de gestion des risques, un soutien accru à l’innovation, à la numérisation et à la méthanisation ; une simplification de plusieurs procédures administratives et réglementaires.

« L’intergroupe élevage durable a beaucoup travaillé sur les services écosystémiques rendus par l’élevage, notamment des ruminants. Je me réjouis qu’enfin la Commission reconnaît clairement l’apport de l’élevage en matière de maintien de la biodiversité, prévention des incendies et peuplement des territoires les plus reculés » a rajouté Benoît Cassart ; membre du groupe Renew Europe.

La stratégie élevage est accompagné de deux piliers fondamentaux : un Plan protéines qui renforce l’autonomie européenne et Une réforme de la loi sur la santé animale.

« Un Plan européen pour les protéines constitue une avancée majeure pour les filières d’élevage. La Commission fait de l’autonomie protéique de l’Union un objectif stratégique afin de réduire la dépendance aux importations, notamment de soja. »  a souligné Benoît Cassart

La révision de la loi sur la santé animale est également une attente importante du secteur. Elle va permettre un recours élargi à la vaccination préventive, une réévaluation du système européen de catégorisation des maladies animales, un renforcement des dispositifs de biosécurité et de surveillance et une meilleure reconnaissance internationale de l’approche européenne en matière de régionalisation sanitaire afin de limiter les conséquences commerciales lors des épisodes sanitaires.

  • un soutien accru aux services vétérinaires, notamment dans les zones rurales ;

Ces évolutions répondent à une demande forte du terrain face à la multiplication des épizooties telles que la fièvre catarrhale ovine, l’influenza aviaire ou encore la dermatose nodulaire contagieuse.

Une vigilance demeure sur plusieurs dossiers

Cette stratégie ne remet toutefois pas en cause plusieurs orientations environnementales de l’Union européenne.

La Commission confirme notamment :

  • la poursuite de la réduction des émissions de méthane ;
  • le développement d’outils de mesure des émissions à l’échelle des exploitations ;
  • la future révision de la législation sur le bien-être animal avec la suppression progressive des cages pour certaines productions ;
  • la poursuite des travaux sur la directive Nitrates et les autres législations environnementales.

Ces évolutions devront impérativement s’accompagner de financements suffisants et d’une véritable prise en compte des réalités économiques des exploitations afin de ne pas fragiliser davantage la compétitivité des élevages européens.

Une première étape encourageante

Cette stratégie constitue un changement de ton important de la part de la Commission européenne. Elle reconnaît enfin que les transitions écologique, économique et territoriale ne pourront réussir qu’avec des éleveurs nombreux, compétitifs et justement rémunérés.

Il conviendra désormais de veiller à ce que les engagements annoncés se traduisent rapidement en propositions législatives et en moyens financiers concrets, afin que cette stratégie ne reste pas une simple déclaration d’intention mais devienne un véritable plan d’avenir pour l’élevage européen.

  • la révision annoncée de la législation sur le bien-être animal, avec notamment la suppression progressive des cages pour les poules pondeuses puis pour les truies, qui impliquera des investissements considérables pour les éleveurs et devra impérativement s’accompagner de financements suffisants et de délais de transition réalistes ;
  • la poursuite des travaux sur la directive Nitrates et les autres législations environnementales.

La stratégie réaffirme également le principe de réciprocité des normes dans les échanges commerciaux, une demande de longue date du monde agricole. Cette orientation est positive et indispensable pour garantir une concurrence équitable. Elle devra toutefois s’accompagner de mécanismes de contrôle crédibles et opérationnels, car la vérification effective du respect de normes de production, de bien-être animal ou environnementales dans les pays tiers demeure un défi majeur. Sans contrôles robustes, le principe de réciprocité risque de rester largement théorique.