Le 8 août 1956, il y a aujourd’hui 70 ans, 262 hommes ont perdu la vie au bois du Cazier. Des hommes venus de Belgique, d’Italie et de bien d’autres pays. Des familles entières. Un même courage : construire, coûte que coûte, un avenir pour les leurs.
Aujourd’hui, dire qu’on est fils ou fille, petit-fils ou petite-fille de mineur est une fierté que personne ne cache en Wallonie. Certains voudraient presque se trouver des racines dans les veines de nos charbonnages, tant le mineur est devenu un symbole : celui du travail, de la réussite, de l’émancipation.
Mais cette histoire ne peut se raconter sans lucidité. Les conditions de travail étaient extrêmement dures. Les conditions d’accueil souvent indignes. La catastrophe du Bois du Cazier est venue rappeler, dans le sang, le prix humain que certains ont payé.
Commémorer, ce n’est pas seulement regarder le passé avec émotion. C’est regarder notre présent avec responsabilité.
Le Bois du Cazier ne raconte pas qu’une tragédie. Il raconte aussi ce qu’a été la Wallonie : une terre qui produisait, qui innovait, qui faisait tourner une partie de l’économie européenne grâce à son industrie, à son énergie, et au travail de celles et ceux qui l’ont bâtie, Belges, Italiens, et tant d’autres venus de loin pour y trouver leur place. Cette histoire explique une part de notre caractère : le travail, la solidarité, la résilience.
Pendant longtemps, nous avons regardé cette histoire comme un héritage du passé. Je pense exactement l’inverse.
Une région qui ne produit plus dépend des autres. Pour son énergie. Pour ses emplois. Pour ses technologies. La souveraineté n’est pas le repli sur soi : c’est la capacité à maîtriser son destin. Et notre histoire nous rappelle qu’aucune prospérité n’est jamais acquise. Avoir été au centre ne garantit pas d’y rester. Mais un peuple qui a déjà été au centre peut le redevenir, à condition d’accepter de se remettre au travail.
C’est une leçon pour la Wallonie d’aujourd’hui. Non pas reproduire le passé, mais retrouver la capacité de produire, d’innover, de construire, de croire à nouveau en nos propres forces. Le Bois du Cazier nous impose une exigence absolue : le progrès économique ne peut jamais se faire au détriment de la dignité, de la sécurité, du respect des travailleurs. L’humain, c’est une priorité qui ne changera jamais.
Voilà pourquoi cette mémoire nous oblige.
Car un peuple qui oublie ce qui l’a construit fragilise aussi ce qu’il veut devenir.




