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Agriculture : demande de revoir à la hausse le prix d’intervention du lait

Par 17 juillet 2015 Pas de commentaire

Lors du Conseil des Ministres de l’Agriculture et de la Pêche de l’Union européenne réuni ce lundi 13 juillet, le ministre fédéral l’Agriculture Willy Borsus, en concertation avec les ministres régionaux, s’est exprimé sur différents thèmes, parmi lesquels, le prix du lait, du porc ou encore du sucre.

Voici les différents messages de la délégation belge à la Commission sur ces trois thématiques.

Prix du lait

Les prix du lait sont en très nette baisse.  Il y a lieu d’agir rapidement et fermement pour prévenir une nouvelle crise. Pour la Belgique il est indispensable que la Politique Agricole Commune offre aux éleveurs un véritable filet de sécurité. C’est-à-dire un système qui, en cas de baisse excessive des prix du lait, permette aux exploitations de sauvegarder leurs activités pendant la période difficile et de retrouver rapidement la rentabilité quand le marché se rétablit.
Le prix d’intervention actuel ne permet pas d’atteindre ces objectifs.  Il est tellement bas que même nos éleveurs les plus performants ne pourraient survivre à une crise qui perdurerait trop longtemps.
Pour la Belgique, une seule solution permettrait de répondre durablement aux variations excessives des prix du lait. Il s’agit d’inclure dans les organisations communes de marché un mécanisme flexible et dynamique de prise en compte des coûts de production.
Cela  devrait se faire en deux temps.
Tout d’abord, donner à l’Observatoire européen des prix du lait, au-delà de ses tâches actuelles, la mission de récolter des informations sur l’évolution des coûts de production et des marges  bénéficiaires compte tenu de la fluctuation des prix des matières premières dans les différents Etats membres.
Il faut donner un signal fort
Ensuite, réfléchir à des mécanismes de définition de « seuils de crise ». En-deçà de ceux-ci, des mesures adéquates seraient prises, en particulier l’intervention. Cette réflexion ne doit pas être un tabou.  Il faut oser, avoir le courage de l’entamer sans exclusive. Entretemps, dans ce contexte de crise qui frappe à notre porte, il faut malgré tout être prêt à réagir.
La Belgique a donc demandé au Conseil de s’entendre, dès à présent, sur le principe de revoir à la hausse le prix d’intervention de la Poudre de Lait Ecrémé et du beurre. Cela permettait d’être prêt à agir rapidement si la dégradation des prix se confirme.
Il s’agirait de donner un signal clair et fort au marché.
D’autre part, il faut renforcer la position des éleveurs dans la filière grâce au développement des organisations de producteur.
Pour conclure le volet « lait », la Belgique a insisté sur la nécessité d’obtenir rapidement la levée de toutes les barrières commerciales de nos partenaires commerciaux (en particulier les nombreuses exigences sanitaires excessives). La Belgique compte sur la Commission pour mettre à plat ces barrières injustifiées.
D’autres Etats-membres ont également soutenu un relèvement du prix d’intervention. Notons parmi ceux-ci la Roumanie, la République Tchèque, la France, l’Irlande, l’Espagne.
En réaction à cette demande, la Commission a précisé :
– son intention de prolonger les mesures d’intervention publique et de stockage privé des produits laitiers au-delà du 30 septembre 2015 ;
– son intention de renforcer l’outil de l’Observatoire européen du lait. Pour cela, l’idée est d’intégrer les marges et les coûts de production comme demandé par la Belgique ;
– son soutien aux efforts pour trouver de nouveaux marchés ;
– son intention de travailler pour déployer les organisations de producteurs.

Prix du porc

Autre gros problème qui perdure : le niveau très bas des prix de la viande porcine. Les prix s’effondrent littéralement alors qu’en cette saison ils augmentent d’habitude. Ils sont actuellement inférieurs à ceux en vigueur lors de l’ouverture du stockage privé en début 2015.
La Belgique a souligné l’importance d’une surveillance étroite des marchés par la Commission. Elle doit veiller à la qualité des chiffres sur lesquels elle base ses analyses, soulignant toute l’importance de l’analyse des marges. La Belgique attend également de la Commission qu’elle diagnostique les évolutions possibles des marchés. Par ailleurs, elle doit aussi établir des projections quantitatives et qualitatives.  Les Etats membres ont leur rôle à jouer. Ils doivent fournir un maximum d’informations qui permettront à la Commission de faire des projections proches de la réalité.
Enfin il y a lieu d’explorer toutes les pistes commerciales externe possibles.
Tout comme l’Autriche, la France, la Lituanie, l’Irlande –entre autres – , la Belgique a demandé que la Commission prenne rapidement les mesures nécessaires pour soutenir ce secteur en ces moments difficiles. Il faut rapidement réfléchir à des moyens pour mieux maitriser l’offre et stimuler  l’exportation.
Dans cet esprit, la Belgique attend de la Commission qu’elle facilite l’accès au marché russe des produits de viande porcine non concernés par l’embargo.

Dernier point abordé par la Belgique : le sucre

Il y a des années que les taxes à la production, supportée à 50% par les planteurs et 50 % par les sucriers, ne sont plus utilisées pour financer les restitutions à l’exportation. Mais elles sont devenues une ressource propre de l’UE. Elles ne sont pas perçues actuellement, afin de rassurer le secteur sur cette question pour les deux dernières périodes avec quotas. Néanmoins, la Belgique souhaite que l’abandon définitif des taxes à la production soit acté définitivement dès à présent.
Le Ministre fédéral de l’Agriculture Willy Borsus a déclaré qu’il refusait « que la simple loi des Marchés mondiaux mette en péril des secteurs agricoles de qualité et de première importance en Europe et en Belgique alors que nos normes sociales, sanitaires, environnementales et autres, décidées par l’Europe et dont je me réjouis, engendrent pour nos producteurs des coûts de production beaucoup plus importants que dans d’autres parties du monde. Je refuse également d’accepter de faire prendre en charge par le secteur agricole les conséquences financières de l’embargo russe sur nos produits. Cet embargo est une conséquence de la politique européenne globalequi n’est pas liée à une politique agricole. »
Enfin, par la voix du Ministre Willy Borsus, la Belgique a rappelé : « La crise est là pour certains secteurs, on ne peut pas attendre que les producteurs des secteurs concernés aient en grande partie disparu pour venir en aide aux survivants. »