À travers le regard croisé de Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques et spécialiste de la géopolitique, de Sven Biscop, directeur de l’Institut royal Egmont, et du Président Georges-Louis Bouchez, cette conférence a montré que nous sommes entrés dans un monde redevenu brutal, multipolaire, où les logiques impériales, les sphères d’influence et la compétition entre grandes puissances structurent à nouveau le cours des choses. L’enjeu central : l’Europe peut-elle encore défendre sa souveraineté et ses intérêts, ou se condamne‑t‑elle à commenter l’histoire que d’autres écrivent à sa place ?
Pour Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques et spécialiste de la géopolitique, « on est passé de nations unies à nations globalement désunies », dans un système international issu de 1945 qu’il juge « en pleine mutation » et largement « périmé ». Il décrit un monde où les États ne sont plus seuls en scène (grandes entreprises, GAFAM, organisations terroristes et « États virtuels » viennent complexifier le jeu) et où l’on assiste à une véritable « désoccidentalisation du monde », portée par la montée des BRICS et du Sud global. Le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche n’est pas l’origine de ce bouleversement, mais un accélérateur d’un mouvement plus profond : « Le retour de Donald Trump n’a pas inauguré ce processus […] Poutine fait pareil, la Chine fait la même chose aujourd’hui comme l’Iran fait exactement la même chose. »
Sven Biscop, directeur de l’Institut royal Egmont, a lui posé son diagnostic sur l’évolution de la relation transatlantique : « Les États-Unis sont en train de devenir, dans leur politique étrangère, un pays normal. Et malheureusement, c’est une mauvaise nouvelle. » Habituée à une « special relationship » avec Washington, l’Europe découvre que son allié de toujours n’hésite plus à adopter des tarifs « illégaux », à « réclamer » le Groenland ou à soutenir les « partis patriotiques européens », « ce que nous, on appelle les fascistes, les racistes de l’extrême droite ». Pour lui, l’erreur serait de répondre par la fuite ou la soumission : il faut au contraire « tirer des lignes rouges avec dignité » et accepter que l’Europe prenne « son destin en main » en cessant de se comporter comme un « protectorat atlantique ».
Georges‑Louis Bouchez, président du Mouvement Réformateur et du Centre Jean Gol, a replacé cette bascule dans une perspective plus large : « Trump est un symptôme, un accélérateur, un amplificateur », pas la cause du désengagement américain. Depuis plus de 15 ans, les États‑Unis considèrent la Chine comme leur véritable « challenger » et réorientent toute leur stratégie en conséquence. Face à ces deux empires, il estime que l’Europe vit une situation de dépendance généralisée : « On a besoin des États-Unis pour notre défense, des pays arabes et de la Russie pour notre énergie, et de la Chine pour notre industrie. » Retrouver de la souveraineté implique selon lui de parler le langage du réel, notamment en matière énergétique.
Entre diagnostic sans complaisance et notes d’espoir, la conférence a dessiné les contours d’un choix historique : accepter la marginalisation ou redevenir une puissance capable de défendre son modèle démocratique, son niveau de vie et sa liberté de décision.
Pour prolonger cette réflexion et entendre l’intégralité des échanges entre Sébastien Boussois, Sven Biscop et Georges‑Louis Bouchez, nous vous invitons à visionner l’ensemble de la conférence sur nos canaux.




