
Élu échevin à Schaerbeek après les communales de 2024, Martin de Brabant n’avait pas encore 34 ans lorsque la nomination d’Audrey Henry comme secrétaire d’État régionale l’a propulsé à la tête de la Cité des Ânes. Un destin politique fulgurant pour ce Schaerbeekois qui a choisi de quitter la société d’investissement dans laquelle il travaillait, pour se consacrer pleinement à sa commune. Un nouveau chapitre s’ouvre pour lui, et pour Schaerbeek.
Tu es le nouveau bourgmestre de Schaerbeek, peux-tu te présenter en quelques mots : ton parcours, ce qui t’a amené en politique et pourquoi Schaerbeek ?
J’ai 34 ans, je suis juriste de formation, et je fais de la politique depuis maintenant 14 ans. J’ai commencé à Rochefort, où je me suis engagé pendant une dizaine d’années. Dans le même temps j’ai rejoint durant trois ans le cabinet de François Bellot, lorsqu’il était en charge de la Mobilité au gouvernement fédéral.
J’ai travaillé ensuite pendant six ans dans une société d’investissement, la Société Fédérale de Participations et d’Investissement. J’ai démissionné en 2022 pour déménager à Schaerbeek.
Lors des dernières élections régionale et communales, j’ai fait le choix de me relancer en politique. J’ai été nommé échevin à Schaerbeek après une crise politique importante, avant d’être amené à assumer aujourd’hui la fonction de bourgmestre.
Je suis Schaerbeekois d’adoption. Je pense représenter toute une génération de personnes venues de Wallonie, ou d’ailleurs, qui ont choisi Bruxelles pour s’y construire, s’y épanouir et s’y investir pleinement.
Je ne suis pas venu en politique pour critiquer, mais pour construire. Aujourd’hui, en tant que bourgmestre, je suis très présent sur le terrain. Mais Schaerbeek est une commune exigeante, vivante et complexe.
J’ai un mandat court de deux ans dans une majorité plurielle. L’engagement que je prends, c’est de donner le meilleur de moi-même et de faire de la politique avec décence.
Le quartier de la gare du Nord est un dossier brûlant, entre insécurité, trafic de drogue et chantiers de rénovation urbaine. Quelle nouvelle impulsion tu veux lui donner, et avec quels leviers concrets ?
Le quartier Nord est l’un des dossiers phares sur lequel je veux donner une impulsion.
La situation est très préoccupante, il ne faut pas le nier. Mais il ne faut pas non plus la caricaturer : c’est un quartier extrêmement vivant, avec une vraie énergie, mais où les défis sont importants.
Ce que nous faisons aujourd’hui, c’est agir sur plusieurs leviers en même temps. Parce qu’à un problème protéiforme, il faut une réponse protéiforme.
D’abord, la sécurité : plus de présence policière, une occupation renforcée de l’espace public, et une coordination plus étroite avec les autres communes et les services régionaux. C’est dans ce cadre que je poursuis le travail d’Audrey Henry, notamment avec des fermetures nocturnes de lieux accessibles au public, le renforcement de la présence policière, en prenant des arrêtés d’interdiction des lieux ou encore en augmentant le nombre de caméras.
Ensuite, la prévention : on ne réglera pas ces situations uniquement avec de la répression. On renforce les maraudes sociales, on travaille avec les associations, on accompagne les publics les plus fragiles.
Enfin, le cadre de vie : propreté, aménagement, régulation de certains usages. Parce qu’un quartier où on vit mieux, c’est un quartier qui se transforme durablement.
Et surtout, ces décisions ne tombent pas d’en haut. Elles sont le fruit d’un travail de fond, mené avec les acteurs du quartier : habitants, commerçants, associations, services de police, travailleurs sociaux. On écoute, on analyse, et ensuite on agit.
Mais il faut aussi être clair : la commune ne peut pas tout.
Chacun doit prendre sa part. La Région a annoncé un plan gare de 10 millions d’euros. Les travaux du métro 3 ont laissé une rue en jachère, que Beliris va remettre en état. Au niveau fédéral, Bernard Quintin a promis un recalcul de la loi de financement des zones de police et lutter contre le trafic de drogue.
Tu es devenu bourgmestre suite à la nomination d’Audrey Henry au gouvernement bruxellois, dans le cadre d’un accord qui prévoit de passer le mayorat au PS en 2028. Comment tu envisages ces deux ans, et comment perçois-tu cet accord ?
Je ne suis pas dans une logique de transition, je suis pleinement investi.
Deux ans, c’est court, mais c’est largement suffisant pour imprimer une impulsion : être sur le terrain, décider vite, travailler avec les équipes, et surtout tenir les engagements.
L’accord politique existe, il est connu. Après ces deux années, je serai amené à devenir président du CPAS tout en restant membre du collège.
Mais aujourd’hui, ce n’est pas le sujet. Je veux que ces deux années soient utiles : qu’on avance sur les dossiers, qu’on améliore le quotidien, qu’on restaure de la confiance.
Je ne suis pas dans le piaffement politique. J’ai deux ans pour avancer, et mon avenir personnel n’est pas une question.
Dans deux ans, tu remettras l’écharpe de bourgmestre. Qu’est-ce que tu veux avoir accompli pour Schaerbeek, et qu’est-ce que tu veux que les Schaerbeekois retiennent de ton passage à la tête de la commune ?
Si dans deux ans, les Schaerbeekois se disent que leur commune est mieux tenue, plus propre, plus sûre, plus lisible… alors on aura réussi.
Je veux être cohérent avec ce que je dis et avec la manière dont j’exerce ce mandat depuis le début : être présent, accessible, travailler beaucoup, et ne pas fuir les sujets difficiles.
Et surtout, quelqu’un qui n’a jamais oublié que derrière chaque dossier, il y a des gens.




