Crèche de Noël de Bruxelles Quand l’inclusivité s’oppose à nouveau à l’universalisme

La crèche de Noël traditionnelle doit faire son retour à Bruxelles. Stop à l’effacement de nos traditions ! Affirmer nos valeurs et nos traditions n’est pas exclusif des autres. Au contraire, cela permet à chacun de mieux vivre dans un cadre commun et partagé, autour de traditions qui rassemblent.

Abstract

  • Une nouvelle crèche de Noël est installée cette année sur la Grand-Place de Bruxelles. Cette crèche en tissu recyclé a coûté 65 000€ et est destinée à servir pendant cinq ans.
  • L’œuvre, approuvée par l’Eglise, est contestée par le MR, qui siège avec le PS dans la majorité communale bruxelloise.
  • Dans un souci d’inclusivité, les personnages de la crèche n’ont pas de visage, afin de permettre à chacun de s’y identifier. Cela divise profondément en donnant l’impression qu’il ne s’agit pas seulement d’effacer des visages mais également notre culture.
  • En Conseil communal et via une pétition, le MR a demandé le retrait de cette crèche et son remplacement par une crèche traditionnelle.
  • Cet épisode s’ajoute à d’autres effacements (« Plaisirs d’hiver » plutôt que « Marché de Noël », volonté de supprimer le personnage du père Fouettard ou de laïciser Saint Nicolas, etc.).
  • Le combat du MR pour la neutralité de l’Etat n’est pas incompatible avec le respect des traditions qui fondent notre société et qui la lient.

1. Rappel des faits

La crèche de Noël de Bruxelles est traditionnellement une étable grandeur nature avec des santons à taille humaine. Cette structure, qui a déjà beaucoup servi, est cependant fortement endommagée. La Ville de Bruxelles a donc commandé une nouvelle crèche via un appel à projets. Le budget est de 65.000€ et la crèche doit être utilisée pendant 5 ans.

Le projet sélectionné a été réalisé par l’artiste bruxelloise Victoria-Maria, en collaboration avec les autorités ecclésiastiques. Il met en scène les personnages de la Nativité (Jésus, Marie, Joseph et les Rois Mages) représentés sous forme de poupées de chiffon grandeur nature, habillées de tissus recyclés. Leurs visages sont remplacés par des carrés de tissu coloré et l’étable a laissé place à une structure blanche et translucide.

Pour l’artiste, le fait de ne pas mettre de visage permet à tout un chacun de s’approprier chaque personnage. Un message appuyé par le doyen de Bruxelles-centre Benoît Lobet : « Dans les grandes villes, la précarité est bien présente. Qu’elle soit dans la crèche me semble très important. Mais c’est une précarité sublimée par la beauté du style de l’artiste, qui lui a donné une noblesse. C’est, à mon avis, au cœur du message chrétien ».

Dès la publication des premières images de cette crèche, installée dans le cadre des Plaisirs d’Hiver inaugurés le 28 novembre, la crèche a fait l’objet de nombreuses critiques, dont celle du Mouvement Réformateur. La polémique a vite enflé pour prendre une ampleur internationale.

2. Réactions politiques

Geoffroy Coomans de Brachène, conseiller communal et député régional, estime qu’il est important de garder une crèche dans l’espace public bruxellois mais considère que, malgré les échanges préalables avec l’Eglise, le résultat rate son objectif. Selon lui, c’est triste et dommageable pour l’image du centre.

Pour les Engagés, Georges Dallemagne, ancien député et échevin à Woluwé-Saint-Pierre, a dénoncé la disparition choquante des visages humains et le mauvais goût sur le plan esthétique. Il a déclaré : « la crèche est un message d’universalité, pas une exposition de zombie. C’est l’effacement d’une tradition. Personne n’avait jamais été choqué par cette crèche, quelles que soient ses croyances. C’est justement un symbole de paix et de joie autour d’un nouveau-né. Ici, tout est effacé ».

Le président du Mouvement Réformateur Georges-Louis Bouchez a lancé le 30 novembre une pétition en ligne, dénonçant « une ineptie et une insulte à nos traditions » et demandant « le retour d’une véritable crèche et d’un véritable marché de Noël ». Pour le président du MR, « une société inclusive, c’est une société qui rassemble, et Noël est la fête par excellence qui rassemble. Or ces personnages sans visage ressemblent plus à un hommage aux zombies que l’on peut trouver aux abords des gares bruxelloises qu’à une crèche, et ne représentent en rien l’esprit de Noël. Nous demandons le remplacement immédiat ou, au plus tard, pour l’édition de l’année prochaine ».

Le 1er décembre, lors du Conseil communal, le chef de file du MR bruxellois et président du CPAS David Weytsman est revenu sur le positionnement du parti dans ce dossier :

  • Le MR de la ville de Bruxelles n’a jamais pris la décision de changer cette crèche. Un point d’information est passé au collège fin septembre 2025. La présentation des croquis de l’artiste était alors bien différente de la réalisation finale.
  • Quand les images du projet final ont été transmises le 10 novembre, le MR a immédiatement fait savoir que cela ne convenait pas. Moderniser une tradition n’est pas en soi problématique, mais aujourd’hui force est de constater qu’une grande partie des Belges et des Bruxellois ne perçoivent pas la dimension artistique du projet, qui échoue dès lors à être « inclusif ».
  • Le MR proposera donc en collège que la Ville de Bruxelles installe l’ancienne crèche restaurée sur la Grand-Place dès l’année prochaine et que l’on trouve un autre lieu d’exposition pour l’actuelle.

3. Le MR rappelle son attachement à l’universalisme et aux traditions qui nous rassemblent

En à peine 24h00, la pétition du MR a réuni plus de 25.000 signatures. Ceci démontre qu’une large part de la population ne supporte plus que l’on piétine son identité et sa culture.

Récemment, Bruxelles avait également créé la polémique en raison de la volonté de déplacement de la statue « La Maturité » de Victor Rousseau, jugée trop patriarcale, et qui restera finalement en place. Rappelons aussi que, depuis plusieurs années, le Marché de Noël est rebaptisé Plaisirs d’Hiver. Les polémiques se multiplient pour remettre en cause nos traditions (suppression du père Noël dans un parc d’attractions, suppression du père Fouettard, suppression des insignes religieux de Saint Nicolas…).

Or, affirmer nos valeurs et nos traditions n’est pas exclusif des autres. Au contraire, cela permet à chacun de mieux vivre dans un cadre commun et partagé. C’est un signal fort vis-à-vis de ceux qui pensent que tout peut être relativisé, rejeté ou qui se drapent de grands principes théoriques.

Cela ne s’oppose pas à la neutralité de l’Etat qui est une revendication forte du MR pour garantir les libertés individuelles, la coexistence sereine de tous les citoyens et leur traitement équitable par les services publics ou l’école, quelles que soient leurs convictions. Les traditions, en effet, dépassent de loin le cadre étroit de la pratique religieuse ou de la foi. La preuve en est que bien des Bruxellois sont attachés à la crèche de Noël, sans pour cela être ni catholiques pratiquants, ni même croyants.

C’est d’ailleurs parce que le MR défend une vision de l’État comme garant de l’égalité de toutes et tous qu’il fait le choix de l’interculturalité plutôt que du multiculturalisme. Ce dernier, en effet, aboutit à une société ghettoïsée, dans laquelle les communautés vivent les unes à côté des autres sans qu’il y ait de réel brassage. L’interculturalité, au contraire, fait le choix d’une société où la diversité est source de rencontre et de métissage.

Une société heureuse a donc besoin de valeurs et de principes forts, qui passent aussi par des symboles universels comme le sont les traditions qui nous rassemblent.

Retour aux argumentaires