Le groupe libéral et centriste au Parlement européen, Renew Europe, a adopté en réunion de groupe le position paper de Sophie Wilmès, consacré aux petits réacteurs modulaires (SMRs, Small Modular Reactors). Ce faisant, le groupe se positionne officiellement en faveur du développement ambitieux des SMRs en Europe. Cela signifie aussi que Renew Europe intègre le nucléaire dans sa vision du mix énergétique et poussera pour que les technologies nucléaires innovantes soient développées. C’est une première : jamais Renew Europe n’avait pris une position aussi explicite en faveur du nucléaire.

Sophie Wilmès commente : « Les lignes bougent en Europe sur l’énergie nucléaire. On va clairement vers une approche plus pragmatique. Ce mouvement s’est opéré au sein de Renew Europe, sous le leadership du MR, mais c’est une tendance de fond beaucoup plus générale. Et pour cause : nous avons, d’un côté, un objectif climatique très ambitieux pour 2050 et, de l’autre, un impératif industriel avec une perte de compétitivité notamment causée par les prix de l’énergie plus élevés en Europe. En outre, la nouvelle donne géopolitique a un impact très concret sur notre politique énergétique. La guerre en Ukraine en est la meilleure illustration. La situation en Iran représente désormais un nouveau risque à prendre en considération. Imaginer devenir le premier continent neutre en carbone, pleinement électrifié et à la pointe du numérique tout en préservant une industrie compétitive, et ce, sans énergie nucléaire je le rappelle : une énergie locale, accessible, compétitive et décarbonée c’est se bercer d’illusion. »

Le position paper se décline en 8 sections et propose un ensemble de mesures pour accélérer le déploiement des SMRs en Europe.

  • De manière générale, le document plaide pour la création d’une chaine de valeur européenne complète pour les SMRs, de la conception des designs à la construction effective des réacteurs ; et ce, dans l’optique de renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe.
  • Le texte plaide aussi pour un véritable SMR Act, c’est-à-dire un cadre réglementaire adapté afin de permettre un déploiement accéléré et harmonisé des SMRs en Europe.
  • Parmi les idées concrètes, on y retrouve encore, par exemple, l’accélération de l’octroi de permis ou la pré-certification européenne pour standardiser les designs et réduire les délais ainsi que les coûts de constructions.
  • L’accès au financement étant un point central pour offrir la stabilité nécessaire à l’industrie et sécuriser les investissements, une série de propositions est avancée comme notamment soutenir activement les projets de SMRs européens via la Banque européenne d’investissements (BEI), revoir l’éligibilité des SMRs au-delà de 2045 dans la taxonomie verte européenne ou d’accroître leur financement dans le prochain programme de recherche Euratom pour lequel Sophie Wilmès est rapporteure, au Parlement européen.
  • Au-delà de la production d’électricité, le texte met en avant le potentiel des SMRs pour fournir, par exemple, de la chaleur industrielle, alimenter les réseaux de chauffage urbain ou encore produire de l’hydrogène décarboné. Il insiste aussi sur l’importance de préserver et de développer les compétences nécessaires en Europe.

Le moment choisi par Renew Europe pour se positionner sur les SMRs n’est pas le fruit du hasard. Ce position paper intervient une semaine avant l’adoption par la Commission européenne de sa Stratégie pour les SMRs.

Sophie Wilmès explique : « c’est très simple : nous attendons de la Commission de l’ambition, sans tabou, assortie d’actions concrètes répondant aux besoins du secteur. Comme dans beaucoup de dossiers, la Chine et les États-Unis ont une longueur d’avance sur nous en la matière. Les Chinois ont déjà mis en service un SMR, alors que les Américains simplifient leur cadre réglementaire et prévoient des financements massifs de 900 millions d’euros alloués à deux projets pilotes. Ce retard ne peut être comblé que par un changement de paradigme de la part de l’UE. Et cela passe, d’abord, par un cadre simple, clair, et harmonisé, ainsi que des investissements massifs orientés vers ces technologies. Voilà où se situent nos attentes. »