Compétitivité des entreprises, droits de douane, index, chômage… Dans une interview à La Libre, le vice-Premier ministre et ministre de l’Economie évoque ces sujets à la lumière des événements géopolitiques ainsi que les mesures du gouvernement. Extraits.
Au niveau de l’industrie, qu’est-ce qui a bougé depuis le cri d’alerte du sommet d’Anvers de mi-février ? Tout le monde affirmait que c’était urgent…
Ça bouge à tous les niveaux. Au niveau européen, il y a désormais l’Industrial Accelerator Act. Le message de Bart De Wever a été entendu au niveau européen. Mais on doit encore travailler pour lutter contre le dumping chinois et la concurrence déloyale américaine, provoquée par les tarifs douaniers. On va travailler sur la norme énergétique également, avec le ministre de l’Energie Mathieu Bihet. Des réformes du marché du travail sont présentées ce mois-ci.
La guerre au Moyen-Orient bouscule l’économie. Est-ce que cela change quelque chose au niveau des mesures de l’Arizona, comme les taxes, afin de limiter l’inflation ?
C’est clair que les événements qui se passent en Iran bousculent les certitudes. Donald Trump annonce trois semaines d’opérations, ce qui est une longue période d’instabilité. Si le détroit d’Ormuz est bloqué pendant plusieurs semaines, ça aura un impact au niveau des prix énergétiques et sur l’économie européenne. Que ce soit à la pompe ou sur l’électricité. Mais la Belgique dispose de stocks stratégiques.
Trump, a menacé l’Espagne de coupures commerciales, car le pays n’a pas voulu le suivre sur les frappes en Iran. C’est un partenaire instable pour l’Europe, qui fait fi des accords…
Avec Donald Trump, la réalité d’un jour n’est pas celle du lendemain. Mais il faut rester pragmatique et calme. Et il ne faut certainement pas tomber dans le piège de Donald Trump qui vise à diviser les Européens. Si Trump s’attaque à l’Espagne, il s’attaque à l’ensemble de l’Europe, c’est la règle commerciale européenne. J’ai toujours été un ami des Américains, avec qui on partage une culture, mais Trump considère l’Europe comme un ensemble de “losers”, de boulets, qu’on peut diviser pour mieux régner. On ne doit pas tomber dans ce piège, sinon Trump jouera avec les Européens comme des pantins. On doit faire face, comme on l’a fait pour le Groenland.
Pierre Wunsch, le gouverneur de la BNB, a un peu remis une pièce dans la machine sur l’indexation des salaires, en évoquant cette fois la possibilité de limiter la hausse des salaires dans les secteurs en déclin. Vous êtes d’accord ?
L’index est une bonne chose pour le pouvoir d’achat. Il protège les consommateurs des hausses intempestives des coûts à la consommation. Mais l’indexation engendre aussi inévitablement des coûts importants et des pertes de compétitivité par rapport aux pays voisins qui n’ont pas ce mécanisme. On pourrait s’orienter vers un système avec une négociation plus libre mais ce n’est pas à l’ordre du jour au gouvernement mais les partenaires sociaux y réfléchissent.
Pour les exclus du chômage de ce mois de mars, est-ce que vous redoutez, en tant que ministre de l’Emploi, que beaucoup de gens finissent au CPAS ? Qu’on n’arrive pas du tout à les remettre à l’emploi ?
On estime qu’un tiers des demandeurs d’emploi retrouveront un travail. Un autre tiers, malheureusement, ne devrait pas pouvoir en retrouver dans l’immédiat, car ces personnes sont très éloignées du marché de l’emploi. Quant au dernier tiers, il s’agit de personnes qui disposent déjà de ressources leur permettant de faire face à la situation : elles peuvent avoir un patrimoine ou vivre en couple avec un conjoint disposant de revenus confortables. Les chiffres dont nous disposons à ce stade semblent aller dans ce sens. La première vague de janvier a nécessairement été plus difficile, puisqu’elle concernait les chômeurs de très longue durée. Il est donc logique que moins de personnes retrouvent un emploi lorsqu’elles sont au chômage depuis vingt ans.



