Devant une salle remplie de militants, d’élus, d’entrepreneurs et de citoyens, le Mouvement Réformateur a lancé ce dimanche 4 janvier, à La Louvière, sa tournée des vœux 2026, dans un Hainaut symbole des défis économiques et sociaux que le parti entend relever au cours des prochaines années.

Dès l’introduction du Ministre-Président Adrien Dolimont, le ton est donné : dans un climat politique tendu, être libéral et engagé n’a “rien d’une sinécure”, mais c’est précisément pour cela qu’il faut rester soudés, fiers et déterminés. Le Ministre-Président a insisté sur cette nécessité de cohésion et d’engagement, tout en dénonçant la pluie de contre-vérités qui s’abat quotidiennement sur l’action des gouvernements où le MR est présent, en particulier en Wallonie. Il a appelé à faire de 2026 “l’année du triomphe de l’information”, en invitant les membres à lire les argumentaires, vérifier les faits, débattre partout et avec tout le monde, face aux intox sur le plan oxygène, la réforme des droits d’enregistrement, la fin du plan François ou le taux d’emploi. Pour lui, le changement en Wallonie est indispensable si la région veut redevenir un moteur en Europe, et l’objectif politique doit être clair : “en 2026, abattons la pauvreté”.

En invité de marque, l’entrepreneur et industriel Roland Duchâtelet, qui a rappelé que le monde industriel génère une part essentielle du bien-être collectif et que de nombreuses entreprises belges se sont mondialisées avec succès ces dernières décennies. Il évoque notamment l’exemple de Mélexis, active dans les semi-conducteurs pour l’automobile, née au tournant historique de 1989, année de la chute du mur de Berlin et de l’ouverture des marchés, pour illustrer comment la Belgique a su saisir les opportunités d’une économie plus ouverte. En revenant sur les vagues de délocalisations, il pointe la responsabilité d’une fiscalité trop lourde sur le travail et pose une question centrale pour le MR : quels sont les bons impôts et quels sont les mauvais impôts dans un pays qui veut rester compétitif et attractif pour l’investissement industriel ?

Le panel animé avec la ministre des Classes moyennes, des indépendants et des PME Éléonore Simonet, l’architecte Cyril Rousseaux (Architecte & Fondateur, Bureau d’architecture Carré 7) et Vincent Michel (Directeur GO4ZERO et membre du comité exécutif, Holcim Belgium) met ensuite en scène les défis très concrets des entrepreneurs.
Cyril Rousseaux interroge : “Entreprendre est parfois perçu comme complexe et risqué : qu’est-ce qui doit changer rapidement pour donner envie à plus de jeunes de créer une PME en Belgique ?”, renvoyant aux lourdeurs administratives, à l’insécurité juridique et à la pression fiscale qui peuvent décourager les vocations.
Vincent Michel, de son côté, rappelle que l’on demande aux PME d’innover, de se décarboner et d’investir rapidement, et pose une question directe au pouvoir public : la puissance publique est-elle prête à accepter davantage de risques pour éviter que seule une poignée de grands groupes puisse réellement financer sa transition ?
Une intervention du public sur l’absence de zones franches industrielles dans le Hainaut, inspirées du modèle français, ouvre encore un autre front : comment utiliser la fiscalité ciblée pour attirer de nouveaux investisseurs, relancer la réindustrialisation, attirer des familles et redynamiser des villes comme Soignies, où des zones industrielles attendent encore leurs projets ?

En clôture, le discours du président du MR, Georges-Louis Bouchez, donne à la matinée ses lignes politiques, entre défense de la liberté de débattre, réformes socio-économiques et vision institutionnelle. Il dénonce l’attitude de certains groupuscules violents qui tentent d’empêcher la tenue d’événements libéraux, en rappelant qu’il ne peut exister en Belgique de “quartiers interdits” à un parti démocratique, et en appelant l’ensemble des forces démocratiques à refuser cette dérive. En miroir, il met en avant le courage des manifestantes et manifestants en Iran, prêts à risquer leur vie pour un projet de société libéral, et affirme que ce courage doit inspirer l’action du MR et de l’Union européenne, qui doivent lier défense des valeurs et reconquête de leur souveraineté.

Cette souveraineté, explique-t-il, passe par 3 autonomies : énergétique, avec la défense du nucléaire ; militaire, dans un monde instable ; et industrielle, en rompant avec le triptyque “super-fiscalité, super-réglementations et socialisme” qui prétend partager la richesse avant de l’avoir créée. Dans ce cadre, le Président défend la limitation du chômage dans le temps comme une réforme culturelle majeure, qui change le rapport à la solidarité, remet le travail au centre et offre une perspective de redressement à des régions comme La Louvière, marquées par le chômage de longue durée. Il assume : la solidarité va dans les deux sens, et l’État ne peut plus se contenter de financer à crédit un modèle qui enferme des quartiers entiers dans l’inaction et la résignation.

Le président du MR s’attaque aussi à la cohérence du discours de la gauche sur la fiscalité, en prenant l’exemple des mutuelles, dotées d’un patrimoine de plusieurs milliards d’euros et bénéficiant d’un régime fiscal privilégié par rapport aux autres acteurs économiques. Il propose de les soumettre aux mêmes impôts que les entreprises, ce qui permettrait selon lui de dégager des moyens pour réduire de moitié l’impôt sur le travail la première année d’activité, afin de donner un vrai capital de départ aux personnes qui entrent sur le marché du travail. Mais il rappelle qu’il n’y aura pas de baisse d’impôts sans réduction de la dépense publique, et invite les mandataires MR, à tous les niveaux de pouvoir, à refuser la facilité d’augmenter les taxes, en s’inspirant de l’exemple des Pays-Bas, qui ont réduit le nombre de niveaux de pouvoir et rationalisé leurs structures publiques.

Dans la foulée, Georges-Louis Bouchez assume une ligne de réformes institutionnelles ambitieuses : suppression du niveau politique des provinces, fusion des communes et des CPAS, et objectif de communes wallonnes d’au moins 15 000 habitants pour réaliser des économies d’échelle substantielles. Il souligne que cette réforme serait coûteuse pour le MR en termes de mandats, le parti étant aujourd’hui largement en tête en nombre de bourgmestres, mais rappelle que le but d’un parti libéral n’est pas d’empiler les fonctions, mais de rendre un service efficace aux citoyens et de leur “rendre leur argent”. Sur la sécurité et l’immigration, il plaide pour que “le casseur devienne le payeur”, pour le renvoi des personnes en séjour illégal, l’exécution dans les pays d’origine des peines de prison des détenus non belges et un renforcement des conditions d’accès à la nationalité, présentée comme un honneur qui doit se mériter et non comme un simple droit automatique.

Enfin, le président du MR ramène le propos à l’essentiel : ne pas se laisser intimider, ne pas s’excuser de réformer, ne pas céder au confort de l’inaction, mais assumer que les décisions prises (limitation du chômage dans le temps, réduction des dépenses publiques, lutte contre l’insécurité, remise de l’industrie au cœur du modèle belge) correspondent exactement à ce pour quoi les citoyens ont voté. Il appelle les militants à tenir dans la durée, rappelant qu’un grand parti “ne se construit pas dans l’euphorie d’une soirée électorale, mais dans la dureté quotidienne des réformes”, et termine en souhaitant à chacune et chacun, pour cette année 2026, d’être heureux, d’être courageux et d’être plus que jamais fiers d’être des libéraux.