La 1re secondaire entre enfin dans le XXIe siècle avec davantage de français, de mathématiques, de sciences et une grille horaire qui arme, plutôt qu’une addition d’heures gadgets. Fin des filières de relégation, disparition progressive du degré différencié et accompagnement renforcé pour les élèves les plus fragiles, afin que l’échec ne soit plus une étiquette définitive. Le latin devient un véritable droit d’accès pour tous, tandis que les enseignants voient leurs emplois sécurisés et leurs compétences numériques soutenues par une formation ambitieuse. Une réforme qui assume à la fois l’exigence académique et la préparation de nos élèves à l’ère de l’intelligence artificielle.
Retour aux fondamentaux, exigence, mérite et avenir : la nouvelle 1re secondaire
Abstract :
- La réforme de la 1re secondaire, portée par le MR et le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, recentre l’école sur les fondamentaux en renforçant le français, les mathématiques, les langues, les sciences et l’histoire-géo-éco-socio. Elle y ajoute le numérique et la FMTT pour mieux armer les élèves dès 2026-2027.
- Le numérique devient une vraie discipline générale, avec 2 heures hebdomadaires pour comprendre les outils, la logique informatique, la fiabilité des sources et les enjeux de l’intelligence artificielle.
- Soutien pour les élèves en difficulté, dépassement pour ceux qui maîtrisent déjà les bases, et dispositif spécifique pour ceux qui ont échoué au CEB. Aucun élève n’est laissé sans solution, les moyens existants sont maintenus et complétés par de nouveaux investissements jusqu’en 2029.
- La disparition progressive du degré différencié s’accompagne du maintien intégral de ses moyens pour encadrer les élèves fragiles. Les élèves sans CEB pourront intégrer des classes hétérogènes de 1re commune, suivre les apprentissages, décrocher leur CEB et poursuivre en 2e, plutôt que d’être parqués dans une filière de relégation.
- L’orientation devient progressive et positive grâce à des journées de découverte des métiers et à un carnet d’orientation qui suit l’élève.
La réforme de la première secondaire fait un choix pédagogique assumé : renforcer les apprentissages de base, moderniser les apprentissages numériques et offrir un accompagnement personnalisé à chaque élève, dans la continuité directe du primaire. Celle-ci entrera en vigueur lors de la rentrée 2026-2027.
- Un recentrage sur les apprentissages de base
Dès la rentrée 2026, les élèves bénéficieront d’un horaire consolidé qui renforce les bases indispensables à leur réussite ; en particulier :
- 6 h de français/langues anciennes,
- 5 h de mathématiques,
- 4 h de langue,
- 4 h de formation historique, géographique, économique et sociale,
- 3 h de sciences,
- 2 h entièrement dédiées au numérique (culture digitale, logique informatique, fiabilité des sources à l’ère de l’IA).
- 1 h de FMTT (Formation Manuelle Technique et Technologique)
2. Faciliter les carrières et la mobilité
Deux périodes par semaine seront entièrement consacrées au numérique, avec un objectif précis :
- développer la compréhension des outils digitaux,
- acquérir la logique informatique,
- apprendre à vérifier la fiabilité des sources dans un monde où les contenus IA dominent de plus en plus,
- comprendre les mécanismes, limites et enjeux éthiques de l’intelligence artificielle.
Les référentiels de 2016 ne tenaient pas compte de l’explosion de l’IA ni de l’accélération numérique post-Covid. Il était urgent d’actualiser les contenus pour former des jeunes capables d’un usage critique et responsable des technologies.
Ce cours ne vise évidemment pas à remplacer les enseignants ou à digitaliser à outrance, mais à donner à chaque élève des clés de compréhension. Jamais une IA ne pourra remplacer un enseignant, mais elle pourrait bien lui permettre de gagner du temps en simplifiant des tâches administratives, afin qu’il puisse se consacrer à l’essentiel : la relation pédagogique avec l’élève, et la transmission de savoirs et de compétences. L’IA est un soutien artificiel à l’intelligence humaine au service des enseignants et des élèves.
3. Un accompagnement personnalisé pour tous, et renforcé pour ceux qui en ont le plus besoin
L’accompagnement personnalisé déjà instauré en 6ᵉ primaire est prolongé en 1ʳᵉ secondaire pour tous les élèves, avec pour objectifs :
- d’aider ceux qui rencontrent quelques difficultés ;
- de consolider les apprentissages de base ;
- de permettre à ceux qui maîtrisent déjà les bases de se dépasser.
Par ailleurs, les élèves ayant échoué en tout ou partie au CEB recevront jusqu’à 3 périodes supplémentaires d’accompagnement renforcé (par semaine), organisées soit dans la classe (co-enseignement, avec deux enseignants dans la classe), soit hors grille horaire selon les besoins. En effet, un échec à une épreuve du CEB entraîne un accompagnement renforcé de 0.5 périodes (cumulables).
Pour rappel, nous avons maintenu le jury d’école (supprimé à l’origine par le Pacte) qui statue sur un éventuel redoublement prévu en cas d’échec au CEB. Toutefois ce même jury peut accorder le CEB (dépendant de l’année scolaire de l’élève et l’évaluation continue) ou ne pas accorder le CEB et orienter vers la 1ère secondaire avec cet accompagnement renforcé.
Aucun élève n’est laissé sans solution, et aucun moyen existant n’est supprimé. Bien au contraire, malgré la situation budgétaire compliquée de la FWB, des moyens complémentaires sont investis au bénéfice de l’encadrement des élèves d’ici 2029. L’accompagnement personnalisé en 4ème et 6ème primaires (220 ETP), ainsi qu’en 1ère secondaire (140 ETP) équivaut à un investissement de 25 millions d’euros supplémentaires.
Si le Gouvernement met, en effet, en œuvre la disparition progressive du premier degré différencié, conformément au Pacte pour un enseignement d’excellence, les moyens pour encadrer les élèves fragiles demeurent, et seront même renforcés. L’enveloppe de 10 000 périodes (24,4 millions d’euros) issue de l’enseignement différencié est intégralement préservée pour financer cet accompagnement renforcé.
Dès la rentrée 2026-2027 :
- La première année différenciée sera supprimée.
- La deuxième année différenciée subsistera une année supplémentaire avant de disparaître à son tour en 2027-2028.
- Les élèves sans CEB pourront être accueillis dans l’école de leur choix, dans la limite des places disponibles, au sein de classes hétérogènes de première année commune, et suivront les apprentissages en 1ère secondaire (au lieu d’un accueil progressif prévu par le Pacte),
- En cas de réussite, ils pourront obtenir le CEB et poursuivre en deuxième année.
4. Une orientation progressive et positive pour une véritable éducation au choix
Deux journées de découverte de métiers seront organisées pour les élèves durant les jours blancs. Elles permettront :
- de découvrir des réalités professionnelles concrètes (entreprises locales, artisanat, une pharmacie dans son quartier, un bureau d’avocats, visite d’un salon des métiers, etc.),
- d’aider les élèves à mieux se connaître,
- de poser les bases d’un choix d’orientation éclairé le temps venu.
Un carnet d’orientation suivra chaque élève tout au long de sa scolarité.
L’objectif est de permettre à chaque élève de mieux se connaître, de découvrir concrètement des métiers, des domaines d’études et des perspectives d’avenir, afin de construire son projet. D’ailleurs, cela permet aussi de déconstruire certains clichés ou stéréotypes sur tel ou tel métier.
L’éducation au choix commence donc dès la première secondaire, non pour enfermer un élève dans une voie, mais précisément pour élargir ses horizons. L’orientation ne doit plus être ce moment où l’on dit à un élève ce qu’il ne peut plus faire. Elle doit devenir le moment où on lui permet de découvrir ce qu’il pourrait vouloir faire.
Le système actuel conduit parfois à un parcours bien connu : un élève passe du primaire au secondaire avec des difficultés insuffisamment traitées, accumule les difficultés en première puis en deuxième secondaire, et finit orienté vers une filière qu’il n’a pas choisie –> souvent le qualifiant (encore perçu comme filière de relégation).
C’est précisément cette logique que la réforme veut casser. L’éducation au choix, c’est permettre un choix positif plutôt qu’une orientation par défaut.
5. L’impact sur les enseignants
La réforme ne supprime pas d’emplois, elle les réaffecte avec des priorités :
- priorité d’accès aux nouveaux cours FMTT (formation manuelle technique et technologique) et numérique pour les enseignants techniques et de pratiques professionnelles,
- réaffectation automatique des professeurs enseignant le latin en 1ère vers français en 1ère/2ème/3ème secondaires,
- réaffectation automatique des enseignants d’histoire, géographie, sciences sociales et économie vers les nouvelles fonctions correspondantes,
- reconnaissance de l’expérience comme équivalence pédagogique pour les enseignants nommés avant la réforme des titres,
- neutralisation de la dégressivité salariale durant les formations de reconversion,
- priorité d’accès aux périodes d’accompagnement personnalisé, missions de service, conseiller prévention, etc.
6. Formation numérique des enseignants
L’introduction du cours de numérique ne se limite pas à la création d’un cours ou à une adaptation technique des fonctions d’enseignement. Le Gouvernement accompagne cette évolution par un investissement concret dans la montée en compétences des enseignants.
À partir de l’année scolaire 2026-2027, un dispositif de formation sera mis en place pour permettre aux enseignants qui ne disposent pas encore des compétences numériques de base de les acquérir ou de les renforcer. Ce programme concernera jusqu’à 20.000 enseignants sur trois ans, soit environ 22% du corps enseignant. Il portera sur les cinq domaines essentiels du cadre européen DigComp : la recherche et l’évaluation de l’information, la collaboration numérique, la création de contenus, l’usage responsable et sécurisé des outils numériques, ainsi que la résolution de problèmes, y compris les enjeux émergents liés à l’intelligence artificielle.
Nous voulons faire en sorte que l’introduction du numérique à l’école ne repose pas uniquement sur une réforme des programmes, mais aussi sur un accompagnement réel des équipes pédagogiques. La formation sera organisée pendant le temps scolaire, avec une approche pragmatique combinant présentiel et modules en ligne, adaptée au niveau de départ de chaque enseignant.
7. Point spécifique : le latin dans la réforme
Avant 2026, le latin était une activité complémentaire optionnelle, organisée de façon très variable selon les écoles :
- toutes les écoles ne le proposaient pas,
- certaines l’organisaient à 2 périodes, d’autres à 4,
- certaines imposaient le latin à tous les élèves via une grille unique interne, parfois à raison de 2 à 4 périodes.
Les données de fréquentation montrent que peu d’élèves suivent actuellement du latin, et que le nombre d’élèves qui en suivent encore en 3ème année est particulièrement bas :
- 26.000 élèves suivaient le latin à 2 périodes en 1ʳᵉ et 2ᵉ années,
- 7.300 élèves le suivaient à 4 périodes en 3ᵉ année,
- environ 1/3 des élèves du 1ᵉʳ degré suivent aujourd’hui le latin (33.000 sur 110.000),
- environ 1/6 des élèves de 3ᵉ année suivent le latin approfondi (7.300 sur 42.000).
Dès 2016, les acteurs de l’enseignement ont prévu la suppression des activités complémentaires et l’instauration d’une grille unique commune à tous les élèves. Le Gouvernement a ensuite décidé d’ajuster certains aspects de la réforme du degré inférieur, dont la place du latin.
8. Ce que la réforme prévoit concrètement
Dans la nouvelle organisation :
- en 1ère secondaire, le cours FRALA (français et récits du patrimoine ancien) intègre l’étude d’œuvres, récits et mythes issus du patrimoine culturel, (sans enseignement linguistique spécifique du latin ou du grec),
- en 2ème secondaire, 2 périodes d’initiation au latin comme discipline sont prévues pour TOUS les élèves, données par un enseignant disposant du titre requis, conformément au référentiel,
- en 3ème secondaire, 1 période commune pour tous + la possibilité d’un module d’approfondissement latin à 4 périodes pour les élèves qui le souhaitent, dans le cadre des activités orientantes.
En passant d’un accès aléatoire, à une initiation garantie pour 100% des élèves en 2ᵉ et 3ᵉ, la réforme renforce en réalité la place du latin dans le degré inférieur.
Aujourd’hui seuls plus ou moins 7.000 élèves poursuivent le latin en 3ème ; demain, tous y seront exposés au moins en initiation, ce qui devrait augmenter les inscriptions en 3ème année, en approfondissement.
La réforme renforce donc le latin pour tous, et devrait avoir un impact positif sur l’orientation vers cette discipline.
9. Ce qui est prévu pour les enseignants de latin
La réforme protège et valorise pleinement les professeurs de latin :
- ils peuvent enseigner au degré inférieur et au degré supérieur (dont le volume horaire reste inchangé),
- beaucoup prestent déjà le latin en complément d’heures de français ou d’histoire,
- des remplacements seront nécessaires chaque année via les départs naturels (pension, DPPR, etc.),
- ils peuvent être réaffectés vers français ou histoire (degré inférieur ou supérieur), avec titre suffisant à composante pédagogique,
- ils disposent d’une priorité pour :
- l’accompagnement personnalisé,
- l’accompagnement renforcé,
- les périodes SEE (service à l’école et aux élèves),
- les fonctions de conseiller en prévention.
- Conclusion
La 1ʳᵉ secondaire devient :
- plus solide sur les apprentissages de base,
- plus moderne dans la compréhension du numérique et de l’IA,
- plus juste dans l’accompagnement des élèves en difficulté,
- plus positive et ambitieuse par rapport à l’orientation des élèves.
Il s’agit d’une mise à jour indispensable pour préparer nos jeunes à un monde qui a fortement évolué depuis 2016 (tournant numérique en post-Covid, arrivée de l’IA, etc.).