Le ministre de l’Economie présent au Forum économique de Davos a donné une interview au journal français l’Opinion. Souveraineté économique européenne, Donald Trump, posture. En voici quelques extraits.
L’Europe a mis du temps à se réveiller…
Cela fait des années que je tire la sonnette d’alarme – comme d’ailleurs un certain nombre de politiques français. L’Europe a été d’une naïveté confondante au cours des deux dernières décennies, un herbivore au milieu des carnivores. Pendant qu’elle n’avait que son Green Deal et d’autres règlementations contraignantes en tête, en négligeant le coût pour les entreprises et sa puissance économique, les Etats-Unis mettaient en place l’IRA (Inflation reduction Act) pour attirer les investissements qu’elle chassait et les Chinois engageaient un dumping massif. Nous avons infligé des dégâts majeurs à notre industrie et torpillé les investissements dans l’avenir. La Commission européenne a ignoré les alertes et trop longtemps refusé de changer de cap.
Quelques faits majeurs ont réveillé les consciences : en Belgique, la Déclaration d’Anvers des industries de la chimie et de la pharmacie. Il y a deux ans, des manifestations agricoles dans toute l’UE, qui soulignaient la perte de puissance productive de notre agriculture, ont fait basculer une partie de la Commission qui a amorcé des retours en arrière via le règlement Omnibus. Le rapport Draghi a également été un réveil fondamental. Maintenant, l’Europe met sur pied des plans sectoriels, comme pour l’acier, et commence à se défendre.
Vous vous définissez vous-même comme un libéral, pourtant ! Il est paradoxal que vous appeliez au protectionnisme.
Oui, je suis un libéral. Mais la base du libéralisme repose sur une concurrence loyale. Ce que nous vivons, quand les Etats-Unis bardent leur commerce de tarifs et quand les Chinois subventionnent leurs entreprises, ce n’est pas une concurrence loyale. L’Europe doit cesser d’être l’idiot du village mondial, la seule entité à respecter les règles que tous les autres violent. Nous devons protéger les citoyens et les marchés européens.
Comment faire, selon vous, pour protéger l’Europe, concrètement ?
D’abord, nous devons favoriser les achats de produits européens. Cela vaut pour la défense. La Belgique a été très critiquée pour avoir conclu l’achat de F35 américains. C’est une décision ancienne. Désormais, nous concluons des accords en Europe, comme nous l’avons démontré avec le programme Camo 3 pour l’achat de 1500 blindés, dans une alliance avec la France et le Luxembourg. Cela vaut pour l’agriculture : nous devons produire et consommer des produits européens. Cela vaut pour la technologie. Nous devons aider des entreprises européennes comme Mistral, les institutes de pointe comme l’Imec, en Belgique, qui développe les puces du futur. Jusqu’ici, nous avons favorisé les «petits champions» nationaux au détriment des grands champions européens.
Comment l’Union européenne doit-elle parler à Donald Trump ?
Donald Trump ne comprend que la force, et il nous faut peut-être, nous aussi, être frontal. Nous devons toutefois être prudents, car nous dépendons des Etats-Unis pour la défense, le numérique, et on ne peut se passer d’eux. Mais cela ne signifie pas pour autant que nous devons accepter tous ces débordements et ces surprises tapageuses.
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