Le groupe MR au Parlement bruxellois pointe l’absence de projets novateurs dans la note de politique générale présentée par le nouveau gouvernement bruxellois. Sans ambition, cette note est un catalogue d’intentions qui ne sont pas budgétisées alors que les finances de la Région se portent au plus mal. Le gouvernement ne propose rien de concret pour retenir la classe moyenne, empêcher les délocalisations des entreprises, renforcer la sécurité, soutenir les PME…

 

La cheffe de groupe MR au Parlement bruxellois Françoise Schepmans regrette que cette déclaration de politique générale se réduise finalement à une sorte de catalogue d’intentions, comme le reconnaît son Ministre-Président dans la presse. « Ce n’est pas respectueux à l’égard des citoyens qui veulent des réponses rapides et concrètes à leurs préoccupations en matières d’emploi, d’environnement et de climat, de qualité de vie, de mobilité, de sécurité, de logement… Aucune innovation n’est apportée pour répondre à ces challenges ».

Propreté et sécurité… oubliées !

Françoise Schepmans s’inquiète ainsi du peu de place accordée à la question de la propreté dans cette déclaration alors que l’Agence Bruxelles-Propreté accuse un déficit de 50 millions dans son budget 2019 ! « Outre la condamnation de l’Agence pour concurrence déloyale, avec pour conséquence la suspension du versement d’une partie des subsides régionaux ; c’est de manière structurelle qu’il se pose un certain nombre d’interrogations sur la gestion de l’Agence : la dotation régionale octroyée à l’ABP n’a jamais cessé de progresser tandis que les résultats d’exploitation  affichent un déficit cumulé ; à chaque exercice budgétaire, nous devons constater que l’Agence surévalue ses recettes propres, ce qui contraint le Gouvernement à augmenter la dotation régionale. Le MR et les Ecolos avaient, à juste titre, demandé des éclaircissements pour sauver les emplois de l’Agence. Qu’en est-il des audits ? Quelles sont les réformes envisagées ? »

La question de la sécurité est à peine abordée dans la note. Pour rappel, le gouvernement a des compétences élargies dans ce domaine depuis la dernière réforme de l’Etat. « Le programme en matière de politique de sécurité et de prévention est quasi inexistant –  hormis votre intention de recourir à un commandement unique lors des événements de grande ampleur tel qu’il figure dans le programme du MR », pointe Françoise Schepmans. « Quand vous connaissez tous les enjeux en matière de sécurité, de lutte contre la criminalité, contre la radicalisation, pour lesquels la Région a des compétences élargies, je suis surprise de constater le peu d’énergie consacrée pour combattre ces problèmes ».

A part quelques considérations générales, le programme ne propose pratiquement rien pour soutenir les PME qui créent de l’emploi pour les Bruxellois, les entreprises et autres fleurons économiques à Bruxelles. « Il n’y a pas d’émancipation sociale possible sans une économie forte qui profite également aux Bruxellois », assure Françoise Schepmans !

Des mesures qui pénalisent les classes moyennes

Autre dossier : la mobilité. Selon le député  Vincent De Wolf , « entre le contrat de gestion de la STIB décidé avant les élections et la mise en œuvre du Plan Régional de Mobilité, aucune nouvelle impulsion positive pour la mobilité des Bruxellois ne semble avoir émergé de vos longues journées négociations. Votre mesure phare voulant concrétiser sur le territoire régional, pour le 1er janvier 2021, une zone 30 généralisée, exception faite des axes structurants, est le meilleur exemple de l’inconsistance des mesures annoncées.  Faut-il rappeler que la grande partie des voiries locales résidentielles voient déjà leur vitesse limitée à 30 km/h ? Si au sein du MR, nous ne rejetons pas cette mesure, est-elle vraiment crédible ? Où sont les mesures budgétaires garantissant la mise en œuvre des aménagements urbains adéquats et de dispositifs de contrôle ? Si le seul placement de panneaux routiers suffisait à changer le comportement des usagers, cela se saurait depuis longtemps ».

Le MR pointe également l’incapacité des gouvernements Vervoort à répondre à la problématique du logement. Pire, les nouvelles propositions risquent de pénaliser les ménages à revenus moyens qui ont beaucoup de difficultés à acquérir leur logement à Bruxelles.  « Le Plan régional logement lancé voici 15 ans et l’Alliance Habitat n’ont, ensemble, pas dépassé les 2.200 logements sociaux construits sur les 8.000 annoncés », relève Vincent De Wolf. « Pour compenser ce piètre bilan, le nouveau gouvernement semble avoir imaginé un gigantesque hold-up des biens privés et publics au motif de l’urgence sociale. La socialisation des logements moyens et communaux est, à nos yeux, une aberration dès lors ces mêmes logements permettent actuellement l’accès à un logement à loyer raisonnable pour des ménages à revenus moyens. La création d’un droit de préemption généralisé, pour certaines zones, où le pouvoir public s’arroge le droit d’acquérir un logement par priorité par rapport à tout autre acquéreur portera directement préjudice à la classe moyenne en termes d’acquisition de la propriété. Cette mesure risque de « ghettoïser » certains quartiers faute de mixité sociale ».

« Pas de plans, des actions »

La députée Viviane Teitelbaum déplore de nouveaux plans dans le programme de ce gouvernement qui s’ajoutent aux précédents. «Ce dont notre Région a besoin c’est du concret et une réelle prise en charge de la lutte contre la pauvreté. Et de toute urgence ! Par ailleurs, nous regrettons la place trop peu importante que vous accordez à l’encadrement du vieillissement de la population et à la perte d’autonomie. C’est un véritable enjeu à l’échelle bruxelloise ! Quelles mesures concrètes proposez-vous pour garantir une offre de service de qualité les concernant ? Quels mécanismes prévoyez-vous pour un financement pérenne de ces politiques ? ».

La députée regrette aussi l’occasion manquée d’une réelle représentation égalitaire au sein du Gouvernement et de présentation d’objectifs stratégiques pour l’égalité entre les hommes et les femmes. « On voulait y croire mais le plan à échouer ! ».

Enfin, selon la députée libérale Alexia Bertrand, « toute la problématique des métiers en pénurie est pratiquement délaissée. Il n’y a aucune mesure pour inciter les personnes sans emploi à se diriger vers des formations porteuses.  Il y a juste un plan d’actions pour évaluer la législation sur les permis de travail et offrir une meilleure publicité des fonctions critiques. C’est largement insuffisant. On ne peut pas continuer à laisser nos jeunes s’orienter vers des formations qui ne mènent à rien. Ce qu’il faut aux Bruxellois, c’est une offre de formation en adéquation avec la réalité de terrain.  Quand on sait que seules 4 de nos 15 options les plus fréquentées dans l’enseignement qualifiant mènent à des métiers en demande et que les options menant au top 15 des fonctions critiques sont sous-fréquentées, on comprend de suite qu’il y a une inadéquation entre l’offre de formation et le marché du travail.  Les entreprises sont les grandes oubliées du programme en matière de formation.  La solution de l’emploi à Bruxelles ne peut pas consister à créer de l’emploi public ou subventionné ».

A Bruxelles, se former et travailler deviennent synonymes ? Ceux qui se forment pourront désormais être payés autant que ceux qui travaillent au salaire minimum. L’Etat va donc financer à hauts frais toute une série de formations dont une partie ne mènera à aucun emploi vu l’absence de conditions de débouchés porteurs.

Pas de budgétisation !

Pour conclure, Françoise Schepmans critique l’absence de budgétisation du catalogue d’intentions du gouvernement. « Ceci est d’autant plus inquiétant que la situation budgétaire de la Région n’est pas de nature à nous rassurer.  En effet, les comptes se sont nettement détériorés ces trois dernières années passant d’un boni à un mali. Cela s’est traduit par une augmentation de la dette qui, selon des estimations, devrait passer de 6,2 en 2019 à 10,1 milliards d’ici 2024 ! Où ce gouvernement va-t-il trouver le financement ? ».